La revue

Daniel Cefaï

Editorial

Texte intégral

  • 1 . L'idée de ce numéro thématique est née au cours de discussions entre V. Amiraux et D. Bigo (...)

Ce numéro de Cultures & Conflits sur Les risques du métier. Engagements problématiques en sciences sociales, est le résultat d'une discussion entre les deux co-directeurs sur des problèmes d'éthique et de politique de la recherche1. Confrontant des expériences variées et partant de disciplines différentes, nous restituons cet échange à propos de ce qui est ici désigné comme des engagements problématiques, que ceux-ci soient liés au danger d'une enquête en situation de guerre et à l'exposition directe à la violence, à l'inextricable imbrication pour le chercheur entre sa trajectoire biographique, ses convictions personnelles et ses analyses scientifiques, ou au difficile passage entre des positions d'observation et d'analyse et des positions d'expertise et d'intervention.

L'introduction générale dresse un tableau de ces troubles éthiques, civiques et politiques que l'on a décomposé en deux séquences. La première se concentre sur la mise en place et sur la gestion de la relation aux enquêtés. Les lieux et les moments de la rencontre, les singularités de l'engagement de soi comme manière d'enquêter, les difficultés de l'introduction dans des réseaux d'interlocuteurs, les rythmes plus ou moins lents du gain de « confiance », et parfois, la participation quotidienne à des activités militantes : tous ces éléments, parmi d'autres, sont constitutifs d'une connaissance de plus en plus fine et intime de la vie des enquêtés. Nombre d'auteurs, notamment en anthropologie, ont rendu compte des avantages et des inconvénients de ces expositions de soi dans l'enquête in situ. Nous avons tenté de systématiser les dilemmes du chercheur, qui recueille ses données grâce au lent tissage de liens interpersonnels et au patient apprentissage des coordonnées des acteurs, mais qui se voit dans la position inconfortable de contourner la demande d'engagement, quelquefois de militantisme ou de conversion de la part des enquêtés. Confronté à des univers de croyances qui lui sont étrangers et auxquels il n'adhère guère, l'enquêteur trouve parfois son salut dans le maintien d'une ambiguïté qui lui ouvre des portes sans pour autant révéler ses positions personnelles. Comment justifier de sa présence sans trahir et sans se trahir ? Comment répondre à de telles attentes sans compromettre la visée d'objectivité et d'impartialité de l'enquête ? Comment continuer imperturbablement à enquêter dans des situations de crise sans prendre parti ?

La deuxième séquence de l'introduction générale de ce numéro revient sur les problèmes de la diffusion et de la réception des résultats de l'enquête. Cette restitution prend place dans des publications scientifiques, mais aussi dans des espaces de formation d'une opinion, d'analyse, de délibération et de décision de plus en plus variés - qu'il s'agisse d'arènes médiatiques, judiciaires ou politiques. L'engagement du chercheur n'est plus limité à son implication dans les séries d'événements et les réseaux d'interactions qui constituent son site d'enquête. Il est désormais inhérent à ses prises de position au sein d'une communauté de pairs, qui jugent ses opérations et ses résultats d'enquête. Et il est en jeu vis-à-vis de la multiplicité d'auditoires auprès de qui il va rendre publics des faits, des témoignages et des interprétations, et à qui il va parfois fournir des diagnostics, des pronostics et des conseils. Les choses se compliquent alors avec la révélation de données jusqu'ici protégées par leur confidentialité et avec les conséquences pratiques que ces prises de position vont avoir sur des opinions et sur des actions. Comment assurer la transition de la posture d'enquêteur et d'analyste à celle d'expert en maintenant une fidélité due aux enquêtés et une loyauté à ses propres convictions ? Comment le chercheur, endossant les rôles de militant, de témoin, d'avocat, de journaliste ou d'archiviste, peut-il contrôler les effets de la publicisation de son discours scientifique ?

Il va sans dire que la multitude des situations de recherche rend pratiquement impossible de donner un panorama exhaustif des problèmes rencontrés avant, pendant et après l'enquête. Là n'est pas la vocation de notre introduction qui se veut simplement une invitation à penser, hors des seuls sentiers de la justification méthodologique, quelques uns des paradoxes, dilemmes et contradictions auxquels tout chercheur est confronté. Donner une visibilité aux « cuisines de la recherche », braquer le projecteur sur les coulisses du savoir scientifique et accorder un statut à la réflexivité de l'enquête : l'accumulation de références bibliographiques, l'effort de présenter une grande diversité d'exemples concrets et le souci de connecter les questions analogues dans plusieurs disciplines de sciences sociales nous ont orientés dans la rédaction de l'introduction. La vocation de ce numéro se veut avant tout pratique. L'exposition de cas exemplaires vaut comme point d'appui aux interrogations que se pose tout chercheur. L'ensemble des auteurs invités ont accepté de jouer le jeu du récit des engagements problématiques, sinon des situations limites, auxquels ils ont été exposés. Nous les en remercions. Le ton des articles, en particulier le choix de s'exprimer à la première personne, pourra surprendre. Cette récurrence du « je » ne doit rien à une mise en scène d'ego surdimensionnés. Le travail de la réflexivité et, corrélativement, la reconnaissance d'une responsabilité de l'enquêteur, passent par une restitution des récits d'expérience à la première personne. Cette démarche a été, dans certains cas, constitutive de la trajectoire de l'enquête, dans d'autres cas, elle procède d'une relecture a posteriori, avec une distance plus ou moins grande à l'expérience analysée.

Quelques années après sa recherche sur la Bosnie en guerre, Xavier Bougarel revient sur les circonstances de son engagement scientifique sur ce terrain en guerre et sur les dilemmes éthiques et politiques qui ont surgi au cours de l'enquête et après son retour. Replacé dans une perspective biographique, l'article analyse les conditions de la médiatisation du conflit bosniaque et les sommations d'engagement dont plusieurs protagonistes se sont faits les relais dans l'espace intellectuel. La singularité de l'expérience relatée est autant liée au parcours original de son auteur (militantisme de jeunesse, circonstances de son arrivée à Belgrade, socialisation universitaire et scientifique) qu'à sa rencontre avec la guerre, tour à tour construction abstraite et réalité abjecte. Il raconte comment le « lieu », pour ne pas dire le « camp » d'où il parle, loin d'être un poste d'observation idéalement neutre, s'apparente à un champ de forces plus intrusives les unes que les autres. Exposé à la grille de lecture d'une partie, il se trouve dans l'impossibilité de la croiser avec des perspectives alternatives. Il y aurait certainement des parentés à tisser avec d'autres situations, d'autres conflits, en d'autres époques. X. Bougarel s'efforce de maintenir à distance la charge morale qui pèse sur son objet d'étude. Il choisit de s'en tenir à une description dense des éléments de ses séjours successifs sur des terrains, qui ne sont pas nécessairement au centre de sa recherche. Les tensions entre ses attachements à des personnes et à des lieux, la volonté de fuir, la tentation de prendre la parole et de dénoncer, au risque de s'aliéner une partie des enquêtés et collègues, la rage et l'aveuglement : la guerre est l'épicentre de cet éventail d'épreuves qui sont présentées, disséquées, critiquées, réfléchies, avec ironie et sans gants. Au final, le texte expose de manière limpide et honnête le rapport difficile à un contexte d'enquête semé d'embûches et les relations de travail à un objet dont la définition est éminemment conflictuelle, sinon obscurcie par la propagande. Comment travailler sur la guerre en la fuyant ? Comment éviter de rejoindre la paroisse des uns ou des autres, sur place et chez soi ? Comment tenter de dire une vérité sans être aussitôt instrumenté par un camp et honni par l'autre ? Comment rester lucide sur les usages politiques qui sont faits d'informations à la fois rares et sensibles ? Ce retour auto-critique sur une expérience vieille d'une dizaine d'années permet à l'auteur de contextualiser ses prises de positions de l'époque, son « expérience serbe de la guerre » qui avait donné lieu à de virulentes polémiques. Sans se livrer à une justification ex post ou à une condamnation rétrospective de ses propres prises de parti, X. Bougarel procède à un décryptage scrupuleux des tensions qui, en situation de guerre, l'avaient conduit à voir et à vivre le conflit bosniaque de la façon qui fut la sienne.

  • 2 . Bourgois P., « The Power of Violence in War and Peace : Post-Cold War Lessons from El (...)
  • 3 . Binford L., « Violence in El Salvador : A Rejoinder to Philippe Bourgois's 'The Power of (...)
  • 4 . Binford L., idem, p. 209. Dans sa réponse, « The Violence of Moral Binaries. Response to (...)

Suivant une démarche similaire à celle de X. Bougarel, Philippe Bourgois revient lui aussi sur son parcours, en particulier sur certaines représentations mythifiantes de la violence qu'il avait endossées au début des années 1980. La force autocritique de son texte provient à la fois de son retour quinze ans après sur son terrain au Salvador et de la mise en perspective de son expérience de l'insurrection et de la contre-insurrection par celle de la misère urbaine dans les milieux toxicomanes de East Harlem. Le travail de comparaison, dans le temps et dans l'espace, le conduit à saisir les conditions politiques de l'activité d'enquêteur : il repère un certain aveuglement de sa part par rapport à des phénomènes de contagion de la violence quotidienne, qu'il impute à sa vision idéalisée de la violence libératrice dans la guérilla ; il reconnaît son incapacité à utiliser certaines catégories critiques, en raison du climat d'autocensure imposé par le contexte de l'après-guerre froide. En outre, il rend compte de façon très fine de la confusion des sentiments dans des situations de survie, de la culpabilité qui poursuit l' « enquêteur » de s'en être sorti quand ses « enquêtés » y sont restés, des dilemmes impossibles à trancher entre fuir, aider et agir, de l'ambiguïté des conduites et du cryptage des discours accessibles à l'observateur. P. Bourgois propose, à travers le montage d'extraits de son journal de terrain, une « économie politique de la souffrance intime », qui se revendique d'un « néo-marxisme souple », et qui donne corps, à l'horizon, aux schèmes explicatifs de l'exploitation de classe, de la discrimination raciale et de l'oppression sexiste. Le lecteur intéressé pourra se rapporter à une autre version de cette analyse dans un article antérieur, publié dans la revue Ethnography2, et à la critique de Leigh Binford, qui a lui-même passé vingt mois entre 1991 et 1998 au Salvador auprès de l'Armée révolutionnaire du peuple (Ejército Revolucionario del Pueblo)3. Celui-ci dresse un portrait légèrement différent de l' « état de guerre » pendant la guérilla et de la « culture de terreur » qui en aurait résulté, et s'attache à densifier la description des contextes d'un certain nombre d'interactions que l'on peut qualifier de « violentes ». Il appelle à rester prudent quant à la tentation de déterminer des mécanismes de conversion d'une violence politique en « violence symbolique » ou d'une « violence structurale » en « violence quotidienne »4. Cette entreprise doit être corroborée par de nombreux matériaux ethnographiques et historiques qui documentent la complexité des médiations institutionnelles, sociales et culturelles de cette conversion - et, pourrait-on rajouter, par un travail minutieux de description des logiques interactionnelles, des trajectoires biographiques, des dynamiques de situations ou des enchaînements d'événements où elle prend corps. On peut, donc, être prudent par rapport à l'utilisation risquée de ces concepts, on peut aussi se méfier de la tentation de mettre en équivalence « guerre » et « marché » au nom d'une critique du « néo-libéralisme », on peut ne pas être convaincu par la démonstration qui conclut trop vite aux « effets de la domination », mais on ne peut nier à P. Bourgois le fait de jouer cartes sur table, de présenter des descriptions sans fard des épreuves singulières qu'il a traversées sur le terrain et hors du terrain, et de donner à ses contradicteurs les éléments factuels et argumentatifs qui autorisent le travail de la critique.

Elise Massicard termine à peine une thèse de doctorat en science politique. Sa contribution revient sur cette expérience de recherche tout juste achevée. La richesse de son récit n'en est que plus intense et sensible. Travaillant sur les alévis de Turquie, plus spécifiquement sur les mobilisations identitaires de ce groupe, elle retrace la difficulté exponentielle à tenir ensemble le cap de ses enquêtes, le lien avec ses interlocuteurs les plus fidèles, la participation aux événements de la vie quotidienne sur le terrain et la distance à un engagement qu'on la presse de manière croissante de faire sien. Minorité gênante pour l'Etat turc, faux musulmans pour les autres, la perception du sujet est marquée par les investissements politiques dont il est l'objet. Le texte d'E. Massicard nous fait comprendre à quel point ce qui est d'ordinaire considéré comme relevant de séquences distinctes de la réflexion méthodologique (l'accès aux sources, la mise en place d'un réseau d'informateurs, l'interaction avec les enquêtés et leur fidélisation, l'attribution d'un statut au chercheur, le sacrifice de son temps à celui de la recherche, la vérification des informations et la pondération des interprétations) et ce qui est classé comme accidents, malentendus ou tracasseries du déroulement du terrain (la prise à parti, l'accusation de trahison, l'obligation de silence, le mensonge par omission, l'interdiction de séjour, la demande d'engagement) ne sont que les dimensions d'une seule et même situation d'enquête. Le problème majeur n'est pas ici l'identité de l'enquêtrice ou la controverse autour de son objet : elle se retrouve impliquée, qu'elle le veuille ou non, dans les enjeux symboliques et politiques de la production d'un savoir sensible sur l'alévisme. Les demandes d'engagement qui lui sont adressées ne recoupent que très marginalement les habituelles et lancinantes tentatives prosélytes de conversion - le dénominateur commun des recherches sur des terrains religieux. Du point de vue des alévis, le permis accordé à l'enquêtrice d'entrer dans le mouvement a pour contrepartie l'attente d'une construction de la catégorie « alévis ». Savoir et pouvoir sont les deux faces de la même médaille. Derrière le contrôle de l'accès d'une étrangère à des informations de première main se joue la nature même du mouvement identitaire : en prenant parole comme chercheurs, les spécialistes de l'alévisme lui donnent corps et contribuent, indirectement mais explicitement, à sa production et à sa légitimation comme acteur politique.

Cette question de l'implication concrète de l'enquêteur sur le site de son étude est également présente dans le carnet de route en Jordanie de Géraldine Chatelard. Il est en grande partie composé de notes de terrain, entrelacées de commentaires a posteriori. Le risque est toujours grand de raconter telle quelle l'expérience vécue de l'enquête. Le scandale de la publication, après sa mort, du Journal de terrain de Malinowski, témoigne de l'écart qui existe entre le compte-rendu brut des tribulations du chercheur et la mise en récit, ordonnée selon les canons rhétoriques de la discipline, purifiée par le travail de distanciation critique et de reconstruction analytique, du texte destiné à un public scientifique. Il témoigne aussi de la résistance de bien des professionnels à livrer accès au processus de composition de leur façade publique. Les raisons peuvent être multiples à cette réticence : doute que les tâtonnements qui conduisent au produit final présentent quelque intérêt pour le public, refus de se rendre vulnérables en montrant ses compétences à l'œuvre et en révélant la « cuisine » de l'enquête, sens de la discrétion et méfiance vis-à-vis de ce déballage exhibitionniste… Le texte de G. Chatelard est un exercice de réflexivité rétrospective sur un parcours qui lui a posé de nombreux problèmes méthodologiques et déontologiques ; la décision de le publier est liée à la conviction que ce type de difficultés ne relève pas de l'idiosyncrasie, mais a une portée générale quant à la compréhension du métier d'anthropologue. Il ne faut donc pas y voir un vilain penchant au narcissisme, mais plutôt l'interrogation à la première personne, soumise à l'appréciation des lecteurs, de ces enchaînements de circonstances qui conduisent d'une discipline de travail commandée par des idéaux d'objectivité et d'impartialité à une implication directe dans des situations de traduction, de médiation et de conseil entre communautés de bédouins, gouvernement jordanien, ONGs et organisations internationales. G. Chatelard découvre, à son corps défendant et dans un mouvement parallèle à celui d'E. Massicard, que l'enquête requiert toujours une forme d'engagement vis-à-vis des enquêtés, qu'elle est porteuse d'obligations morales et de choix politiques - non seulement parce qu'il faut répondre aux demandes des enquêtés pour se donner les moyens de continuer l'enquête, mais parce que certaines situations appellent l'enquêteur à prendre parti, en son âme et conscience, avec tous les risques que cela peut engendrer. L'anthropologue est investie d'un statut de porte-parole et se retrouve, non sans ironie, à user et abuser de son titre de « docteur » pour faire entendre la voix des bédouins. Tout en restant prudente, elle est transformée par les circonstances en enquêtrice militante. Mais du même coup, elle ouvre le champ à une forme de recherche-action, et réinvente in situ de nouveaux thèmes, perspectives et méthodes d'enquête.

L'entretien d'Alain Mahé avec D. Cefaï relève, lui aussi, de ce travail de réflexion, dans l'entredeux de la conversation, sur la trame d'expériences qui soutient l'enquête en sciences sociales. La temporalité est plus longue à présent, puisqu'il s'agit de retracer, sans céder à l'illusion biographique, l'itinéraire d'une recherche anthropologique et historique sur la Kabylie menée depuis plus de vingt ans. A. Mahé montre à quel point la carrière de ses objets de recherche est liée à sa trajectoire personnelle et comment, dans le même mouvement, cette part subjective de l'art d'enquêter, loin d'être préjudiciable, est constitutive de la définition de l'objet, des méthodes de collecte des données et des perspectives interprétatives. Sans cette découverte d'un monde qui remonte à l'adolescence, sans ces nuits passées à discuter passionnément avec des militants du Mouvement culturel berbère, sans ces liens de confiance noués par l'amitié et sans cette réputation bâtie à travers les épreuves, sans ces brouillages d'identité, ces rencontres gratuites, ces engagements existentiels, ces parcours imaginaires, la compréhension par A. Mahé des situations qu'il étudie serait tout autre. L'enquête passe sans aucun doute par un travail patient et rigoureux de destruction des mythes, de critique des sources, de constitution de fiches, de confrontation de récits, de fabrication de cartes. Elle passe par la quête des informations, le recoupement des entretiens, l'établissement des faits et le double mouvement d'imagination et de corroboration des hypothèses. Elle s'appuie sur des travaux provenant de l'histoire, de l'anthropologie, de la sociologie, de la géographie ou du droit. Elle requiert de reconstruire des mondes disparus pour contextualiser les traces qui nous en restent et de connaître les coulisses des jeux de pouvoir pour évaluer le sens des événements publics. Mais tous ces éléments qui composent le métier du chercheur ne seraient rien sans l'implication personnelle, l'amitié et la curiosité qui créent le sens des opportunités, ouvrent accès à des matériaux interdits à d'autres (comme les PV des assemblées de village), font voir des objets empiriques et théoriques jusque là sans pertinence pour la discipline (comme la tajmat ignorée par les modèles segmentaires de Gellner et Favret et par l'économie généralisée des pratiques de Bourdieu). Pour finir, A. Mahé se voit plus que jamais porté à un rôle d'acteur par rapport aux derniers événements algériens. Sa position compliquée de spectateur engagé, oscillant entre des places dont les termes consacrés d'insider et d'outsider ne rendent guère compte, le conduit aujourd'hui à donner la parole aux témoins de l'histoire en train de se faire, à produire des archives du mouvement citoyen en cours en Kabylie et à proposer à ses acteurs des éléments factuels et interprétatifs qui les orientent dans leur mobilisation. Le savoir de l'universitaire, nourri par les péripéties de sa trajectoire biographique, armé de l'enquête anthropologique et historique, au service de l'actualité d'une lutte politique.

Notes

1L'idée de ce numéro thématique est née au cours de discussions entre VAmiraux et DBigo sur les « terrains dangereux » de RM. Lee, Dangerous Fieldwork, Thousand Oaks, CA, Sage, 1995
2Bourgois P., « The Power of Violence in War and Peace : Post-Cold War Lessons from El Salvador », Ethnography, 2001, 2, 1, p5-34 - revue éditée par Paul Willis, Mats Trondman et Loïc Wacquant aux Editions Sage
3Binford L., « Violence in El Salvador : A Rejoinder to Philippe Bourgois's 'The Power of Violence in War and Peace' », Ethnography, 2002, 3, 2, p201-219
4Binford L., idem, p209Dans sa réponse, « The Violence of Moral BinariesResponse to Leigh Binford », Ethnography, 2002, 3, 2, p221-231, PBourgois nuance la formule d'une « loi de conservation de la violence » empruntée à Bourdieu et renvoie aux discussions théoriques dans les Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, 1997.

Pour citer cet article

Référence papier

Cultures & Conflits Editorial n°47 3/2002 pp.5-13

Référence électronique

Daniel Cefaï, « Editorial », Cultures & Conflits, 47, automne 2002, [En ligne], mis en ligne le 29 avril 2003. URL : http://www.conflits.org/index818.html. Consulté le 08 septembre 2008.

Auteur

Daniel Cefaï

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