Lessence de la décision (Partie 5)
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Texte intégral
- 1 Fearon James D., « Rationalists’ Explanations for War », op. cit.
- 2 Ibid., p. 409
L’article de James D. Fearon « Rationalist Explanations for war » s’interroge sur un problème central que les analyses rationnelles de la guerre, qu’elles soient néoréalistes ou basées sur l’utilité espérée, n’ont ni identifié ni résolu. Fearon pose une question simple : puisque les guerres sont coûteuses, pourquoi des Etats rationnels préfèrent-ils se battre plutôt que de négocier ? Selon la théorie rationnelle, s’il existe une alternative qui a la préférence des deux parties, elle devrait être choisie. Pourquoi dès lors ne pas opter pour une négociation fondamentalement équivalente à un traité de paix mais sans les coûts humains et économiques d’une guerre ? Fearon estime que les raisons de l’échec d’un règlement négocié entre deux Etats à la rationalité substantielle (les Etats notionnels) sont essentiellement de deux ordres. Tout d’abord, un acteur rationnel peut renoncer à un règlement pacifique préférable à la guerre parce qu’il n’existe aucune autorité internationale capable d’assurer sa mise en application. Ensuite, un Etat peut rationnellement dissimuler sa propre détermination ou même sa puissance, en manipulant ou occultant les informations relatives à ses capacités militaires, parce qu’il cherche à obtenir un règlement qui lui est plus favorable. En spécifiant ainsi les sources rationnelles de ces distorsions, Fearon définit les origines des conflits sans recourir à d’autres hypothèses sur les perceptions et les erreurs de jugement. Cette contribution importante améliore les travaux antérieurs du choix rationnel en éliminant « leurs hypothèses non rationnelles » 1. Pour autant, il conclut qu’« en fait, une meilleure compréhension de ce qu’implique l’hypothèse de la rationalité dans l’explication des conflits pourrait nous amener à accorder une place plus importante aux facteurs... irrationnels. Par exemple, pour estimer la puissance relative de son adversaire, la rationalité limitée pourrait être une source plus importante d’erreurs que l’acquisition d’informations confidentielles sur ses capacités militaires, à condition toutefois de pouvoir les distinguer soigneusement » 2.
- 3 Schelling in Archibald K., Ed.), Strategic Interaction and Conflict, op. cit., p. 150.
- 4 Voir la très bonne synthèse de Parker R.A.C, CHAMBERLAIN and Appeasement : British Policy and (...)
- 5 Feiling Keith, Life of Neville CHAMBERLAIN, MacMillan and Co., 1946, p. 367.
- 6 Sur Hitler, voir Weinberg Gehrard L., Germany, Hitler and World War II : Essays in Modern German (...)
- 7 Gilbert Martin, CHURCHILL : A Life, Heinemann, 1991, p. 513.
- 8 Ibid., p. 552.
- 9 Churchill Winston S., The Gathering Storm, Houghton Mifflin, 1948, pp. 303-304. Dans les mois qui (...)
- 10 Weinberg Gerhard L., A World at Arms : A Global History of World War II, Cambridge University (...)
- 11 Iraqi Letter to Arab League Threatening Kuwait, State 236 637, 19 juillet 1990. Citée dans Gordon (...)
- 12 Au début du mois d’août, J. Baker rencontra Chevarnadze à Irkutsk. Les souvenirs de Baker (...)
- 13 Vickers Geoffrey, The Art of Judgement : A Study of Policy Making, pp. 51-52. Pour un (...)
- 14 Vickers, The Art of Judgment, p.54.
- 15 Ibid., pp. 82-83. Pour d’autres distinctions entre les vues de Vickers et Herbert Simon, (...)
- 16 Friedberg Aaron L., The Weary Titan : Britain and the Experience of Relative Decline, 1895-1905, (...)
- 17 Voir pour de bons exemples, Zakaria Fareed, From Wealth to Power : The Unusual Origins of (...)
- 18 Wohlforth William Curti, The Elusive Balance : Power and Perceptions during the Cold War, Cornell (...)
Variantes et usages du modèle classique Comme nous l’avons indiqué à la figure 1, le modèle de l’acteur rationnel dans sa forme la plus simple dégage des caractéristiques communes à toute une famille de variantes. Sur la figure 1, le premier axe décrit la rationalité de l’acteur, allant de la rationalité substantielle à la rationalité procédurale limitant ses perceptions et son raisonnement. Le second axe identifie les acteurs, partant de l’« Etat notionnel » jusqu’à l’« Etat personnifié ». Les différences le long de ces deux axes sont illustrées par les récentes approches des relations internationales, résumées ci-dessus. Dans sa forme la plus élémentaire, le modèle de l’acteur rationnel associe un objectif à une action. Si je connais l’objectif d’un acteur, j’ai un indice important sur l’action qu’il est susceptible d’entreprendre. Inversement, en observant le comportement d’un acteur et en envisageant quels pourraient être ses objectifs, je dispose d’une hypothèse sérieuse sur les raisons de son action lorsque j’ai identifié un objectif que cette action atteindrait avec efficacité. Sous cette forme très élémentaire le risque de tautologies est évident. Rappelez-vous comment les enfants justifient leur comportement « c’est toi qui l’as voulu ». Si la seule preuve de ce qu’il a voulu est ce qu’il a fait, alors ces propositions sont équivalentes. Dans sa mouture la plus achevée, le modèle de l’acteur rationnel ne se contente pas seulement des objectifs poursuivis par un acteur mais inclut aussi l’évaluation de sa situation. Ce contexte est fait de risques et d’opportunités que l’acteur classe en options avec chacun des pour et des contre. L’acteur choisit l’alternative qui remplit au mieux ses intérêts. En étudiant ce qu’a entrepris un acteur ou en dressant des hypothèses sur ce qu’il pourrait faire, l’analyste doit prendre en compte non seulement les objectifs de l’acteur mais aussi les options qu’il a identifiées, les coûts et bénéfices qu’il y attache et sa propension ou sa réticence à prendre des risques. Pour s’en convaincre, le lecteur pourra réfléchir sur une action qu’il a entreprise, par exemple, l’université dans laquelle il a choisi de s’inscrire. Dans son choix, quel est la part réservée aux objectifs poursuivis ? Généralement, l’appréciation subjective des options, l’estimation de leurs coûts et bénéfices et la propension à prendre des risques sont les éléments les plus importants. Comme l’a souligné Schelling, l’un des principaux avantages du modèle de l’acteur rationnel tient au fait que « dans votre fauteuil vous pouvez essayer de prévoir comment les gens se comporteront en vous mettant sagement à leur place. Par procuration et pour pas cher, vous obtenez une grande quantité de données empiriques sur leur comportement » 3. Cependant, cette méthode est à double tranchant. Certains analystes ne quittent pas leur fauteuil et se contentent uniquement de ce seul raisonnement logique sans rechercher les éléments pertinents sur les objectifs, les options et les évaluations réelles de l’acteur envisagé. Avec ce type de procédé, le chercheur risque de verser dans des théories du complot erronées. Avec un peu d’imagination, il peut inventer de toutes pièces des objectifs qu’un acteur « doit avoir eu », y compris les plus invraisemblables, en échafaudant un raisonnement logique à partir des conséquences, pourtant fortuites et accidentelles, attribuées à une intention purement fictive et farfelue. Si en plus, il pose des hypothèses sur les options, les calculs et la témérité de l’acteur alors les scénarios tirés du choix rationnel deviennent illimités. Dans la forme la plus simple du modèle de l’acteur rationnel, l’homo economicus devient en relations internationales le Polis strategicos. Les conditions géopolitiques, et notamment la répartition des forces, la situation géographique, l’équilibre des risques, l’accès aux technologies, sont associées aux objectifs minimaux d’un Etat pour en déduire des règles générales de comportements. Une telle analyse aurait suffi, dans la seconde moitié des années trente, à expliquer ou prévoir que l’Allemagne, située au cœur de l’Europe, face à des adversaires potentiels à l’Ouest comme à l’Est, humiliée par le diktat de Versailles et ravagée par la dépression et l’hyperinflation, serait une puissance intrinsèquement rebelle, agressive et révisionniste. Lorsqu’Adolf Hitler accéda à la Chancellerie, le gouvernement britannique admit que le personnage risquait de rendre la situation encore plus explosive. Mais, quand en 1938 Hitler fit savoir au monde entier que l’Allemagne était décidée à mettre un terme au conflit territorial qui l’opposait à la Tchécoslovaquie sur les Sudètes, le gouvernement britannique devait répondre à des interrogations précises : Que veut réellement Hitler ? Est-il possible de lui donner satisfaction sans entraîner la guerre ? Le Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, estimait que l’Allemagne avait eu de bonnes raisons de se sentir lésée et notamment que sa préoccupation pour la population allemande de Tchécoslovaquie était légitime. Il jugea raisonnable la revendication de Berlin d’un transfert négocié de territoires limités permettant ainsi à une plus Grande Allemagne de cicatriser la blessure psychologique du traité de Versailles et d’éviter ainsi un deuxième conflit généralisé en Europe4. Suite à ses entretiens en tête-à-tête avec Hitler, il pensait avoir cerné la personnalité du chancelier, « en dépit de la dureté et de la férocité que je croyais lire sur son visage, il me semblait malgré tout que j’avais là à faire à un homme à qui l’on pouvait se fier une fois qu’il avait donné sa parole » 5. Mais Chamberlain se trompait. En considérant Hitler comme un dirigeant nationaliste traditionnel dont les doléances étaient légitimes mais les objectifs limités, il ne perçut pas les buts spécifiques et propres à Hitler et ces éléments capitaux échappèrent à son analyse. Pourtant Hitler avait à plusieurs reprises exprimé ce qu’il voulait, et exposé clairement ses théories singulières de l’ethnicité, de l’« espace vital » et de la supériorité de la race allemande6. Winston S. Churchill, durant sa traversée du désert, lut en revanche Mein Kampf avec attention, observa ses intrigues pour conquérir le pouvoir et dès 1933, sonna l’alarme en dénonçant les véritables « desseins criminels » d’Hitler7. Lorsqu’en 1936 l’Allemagne décida unilatéralement de remilitariser la Rhénanie en violation du traité de Versailles, quand deux ans plus tard elle opéra l’Anschluss en Autriche, Churchill fustigea le gouvernement Chamberlain pour son imprévoyance et son incapacité à comprendre l’adversaire auquel il avait à faire8. Lorsque Chamberlain revint de Munich avec un accord portant la signature de Hitler et déclara ramener « la paix sans le déshonneur car je crois que désormais la paix est assurée », Churchill rétorqua : « Faux ». Selon ses termes, « la partition tchécoslovaque, sous la pression conjointe de la France et du Royaume-Uni, équivaut à la complète capitulation des démocraties occidentales devant la menace nazie. Une telle débâcle n’apportera ni la paix ni la sécurité au Royaume-Uni et à la France. Au contraire, elle placera ces deux pays dans une situation encore plus précaire et dangereuse... Croire que l’on peut assurer la sécurité en jetant un petit Etat en pâture aux loups est une illusion fatale » 9. Gerhard L. Weinberg conclut que les buts poursuivis par Hitler s’ils étaient tout à fait cohérents demeuraient cependant singulièrement « hitleriens ». « Il est très improbable qu’un autre dirigeant allemand aurait osé faire ce grand saut, les mises en garde que lui ont adressé certains de ses conseillers n’ont pu que conforter Hitler dans sa mission et conviction qu’il était le seul homme capable, désireux et même impatient de mener l’Allemagne et entraîner le monde entier à la guerre10. Quand au cours de l’été 1990, l’Irak massa des troupes à la frontière du Koweït, les dirigeants des Etats occidentaux s’interrogèrent à nouveau sur les buts et les plans de cet autre dictateur. Le défi pour les responsables américains était de déterminer « ce que les Irakiens espéraient accomplir et quelles étaient les conséquences les plus probables de cette initiative » 11. Leur point de départ était un Etat identifié, l’Irak, son histoire récente et les circonstances spécifiques qu’il affrontait. L’Irak venait d’achever une guerre longue, près de 10 ans, et coûteuse avec l’Iran. Les dépenses considérables pour financer la guerre et de lourds engagements financiers internes laissèrent l’Irak sous le fardeau de sa dette extérieure. A la suite de la guerre contre l’Iran, l’Irak avait perdu la région de Chatt al-arab et éprouvait un besoin urgent de trouver d’autres installations portuaires, l’annexion d’une petite bande de territoire côtier appartenant au Koweït offrait une telle solution. Des observateurs impartiaux estimaient que cette revendication territoriale sur cette partie du Koweït avait quelque fondement, notamment en raison de l’existence de gisements pétrolifères pour lesquels des puits peuvent être forés aussi bien d’un côté que de l’autre de la frontière. Le président Bush pouvait donc comprendre pourquoi l’Irak exigeait des compensations financières et même de mineures modifications territoriales, de son voisin le Koweït, plus riche mais plus faible. En resserrant leurs analyses sur l’Etat personnifié et sur les caractéristiques particulières de Saddam Hussein, les responsables occidentaux pouvaient interpréter son comportement comme le geste d’un dictateur sans pitié ce qu’était Saddam. Les Etats voisins qui connaissaient bien l’Irak de Saddam Hussein approuvaient d’ailleurs ce diagnostique. Les Koweïtiens jugeaient certaines concessions inévitables mais pensaient que Saddam ne cherchait seulement qu’à négocier. L’Egypte partageait cette évaluation koweïtienne. Le président Bush demanda l’avis d’Hussein de Jordanie, en espérant que « l’évolution de la situation ne dépassera pas les limites de la raison ». Ce dernier répondit « je ne pense pas qu’il y ait de risques d’en arriver là ; ces limites ne seront pas dépassées ». Le secrétaire d’Etat, J. Baker, interrogea son homologue russe E. Chevarnadze, l’Union soviétique étant depuis longtemps l’un des plus importants protecteurs de Bagdad. Chevarnadze aurait confié à J. Baker, « l’homme a peut-être des manières de gangster mais il n’est pas irrationnel ; envahir le Koweït serait irrationnel et je ne crois pas que cela puisse se produire » 12. Le consensus qui se dégageait était donc qu’une éventuelle opération militaire se limiterait à la zone pétrolifère proche de la frontière entre le Koweït et l’Irak. Mais l’offensive de l’Irak le 2 août ne fut pas limitée. Les blindés irakiens occupèrent l’ensemble du Koweït et cette offensive, laissée sans riposte, aurait pu menacer l’Arabie Saoudite. Dans le cas d’A. Hitler comme dans le cas de Saddam Hussein, les dirigeants occidentaux ont eu recours au modèle de l’acteur rationnel pour tenter d’expliquer ou prévoir, des comportements étatiques équivoques. Ils ont commencé leur analyse par la forme la plus simple du modèle. Puis ils ont affiné leur analyse en examinant les valeurs et les conceptions spécifiques des responsables étatiques. Mais en cataloguant A. Hitler et S. Hussein comme des nationalistes traditionnels, ils ont négligé certaines valeurs, calculs et autres facettes de leur personnalité qui leur était tout à fait particulières, aspects qui demandaient des analyses bien plus détaillées. Dans les deux cas cependant, les comportements adoptés par ces dirigeants reflétaient bien des valeurs et des modes de raisonnement très particuliers aux deux personnages que seule une analyse très fouillée de leurs personnalités et de leurs perceptions aurait permis de comprendre. Chez Hitler il y avait une vision du monde et un destin incompréhensibles. Quant à Saddam Hussein, il avait façonné une représentation toute personnelle de sa place dans le monde arabe et au contraire, tenu pour insignifiante celle des Etats-Unis après ses échecs dans les années 70 et 80 au Proche-Orient. Quand l’analyse se concentre sur le dirigeant, des informations supplémentaires sont nécessaires au sujet de trois principaux types de jugements. Selon Geoffrey Vickers, trois questions cruciales se posent : Comment l’acteur « sélectionne, puise et représente ses informations sur l’état du système ? Comment établit-il des critères pour évaluer ces informations ? Comment choisit-il et engage-t-il une réponse ? ». On peut se représenter ces trois types de jugement, le jugement de valeur, le jugement de réalité et le « jugement instrumental », comme les trois sommets d’un triangle formant les convictions (beliefs) du décideur13. Bien que distincts, ces trois types de jugement se combinent dans le paradigme de l’acteur rationnel. Les jugements de valeur, les valeurs et idéaux auxquels tient un Etat, influencent les objectifs et les buts poursuivis par cet Etat, et déterminent les aspects de la réalité auxquels l’Etat accordera de l’importance. Le jugement de valeur et de réalité sont donc étroitement liés « les faits n’ont de signification que par rapport à un certain jugement de valeur et les jugements de valeur n’ont de sens que vis-à-vis d’une réalité appréhendée » 14. Les jugements de valeur peuvent à leur tour être influencés par des calculs purement instrumentaux puisque ce qu’un Etat recherche dépend souvent de ce qu’il pense pouvoir obtenir. Selon Vickers, ces trois types de jugement étroitement imbriqués forment chez l’acteur son « évaluation » d’une situation donnée. De tels jugements révèlent l’existence de ce que nous pourrions appeler un énoncé de prédispositions qui l’incitent à favoriser certains aspects d’une situation au détriment d’autres et qui lui permettent de les classer et de les valoriser de telle manière plutôt que d’une autre. Ces dispositions forgent son système d’appréciation et d’évaluation15. L’étude d’A. Friedberg sur le déclin de l’Empire britannique illustre l’importante contribution des travaux sur les dispositions et les convictions. Friedberg reconnaît la pertinence des arguments réalistes sur l’importance de la puissance et de la position géopolitique d’un Etat. Mais pour expliquer l’action de la Grande-Bretagne, il dresse un tableau bien plus nuancé des responsables britanniques, indécis, peu ou pas soucieux des indicateurs de puissance, incapables d’adopter une stratégie cohérente. L’une des raisons les plus importantes de ce comportement résidait dans ce qu’il appelle « la démocratie paralysée » par opposition aux régimes qui « assurent une concentration du pouvoir au niveau de l’Etat et du gouvernement ». A. Friedberg conclut que « le déclin britannique fut le résultat d’une lente et progressive évolution intellectuelle, que des crises périodiques sont venues renforcer et accélérer » 16. A ce niveau de complexité, ce type de travaux utilise et agrège les différents outils théoriques que nous avions clairement distingués auparavant dans ce chapitre17. Si on combine l’étude détaillée des perceptions subjectives d’un Etat avec celle des préférences et des perceptions d’un autre, l’analyse devient encore plus complexe. Certains travaux récents ont procédé de cette façon pour analyser la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, se basant à la fois sur les documents américains et russes. William C. Wohlforth notamment a décrit les flottements dans les perceptions subjectives de l’équilibre des forces entre Washington et Moscou et leurs décalages par rapport aux critères objectifs de la puissance nationale. Le résultat est que, si la puissance compte dans les relations internationales « malheureusement, il semble que les questions de puissance, de prestige et de sécurité se présentent de manière bien différentes sous des formes et des intensités variables. Si le balance of power obéit à des lois, ce sont des lois avec de telles lacunes que même une grande puissance peut y déroger » 18. Pour autant, même les analyses les plus complexes qui portent sur les comportements des Etats-Unis et de leurs dirigeants en politique étrangère s’appuient sur les hypothèses et la logique du choix rationnel élémentaires, des acteurs unitaires avec des objectifs définis et une utilité maximale. Ce paradigme de l’acteur rationnel est tout aussi dominant pour les études des comportements non-étatiques, que ce soit une organisation internationale telle que l’Union européenne ou le Fonds monétaire international, une entreprise multinationale ou une organisation non gouvernementale comme la Croix-Rouge. Si ce modèle est tant répandu, c’est parce que sa capacité explicative est indéniable.
Notes
Pour citer cet article
Référence papier
Cultures & Conflits n°36 (2000) pp. 65-74
Référence électronique
Philip D. Zelikowv et Graham T. Allison, « Lessence de la décision (Partie 5) », Cultures & Conflits, 36, 2000, [En ligne], mis en ligne le 20 mars 2006. URL : http://www.conflits.org//index591.html. Consulté le 05 juillet 2008.
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